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Niger culture : Gaya, la production artistique en perte de vitesse et la MJC délabrée

Gaya était une véritable référence nationale en termes d’expression de la culture et des traditions, notamment aux temps des festivals de la jeunesse. Le répertoire artistique du département est suffisamment riche et est essentiellement constitué de ballet de la célèbre troupe Tchanguey, plusieurs fois lauréate du festival au titre de la région de Dosso et primée au nom du Niger à l’international, avec ses pièces populaires «Ganyakoye» et «Danben karhé» produits dans les années 1980.

Selon le directeur départemental de la culture, M. Almoustapha Adamou, la dernière production de la troupe départementale remonte à 2018 et la production culturelle de manière générale n’est plus ce qu’elle était.

La richesse culturelle de Gaya est surtout liée à ses sources d’inspiration mystiques assez édifiantes telles que la grotte de Kombalati, serpent qui a fait traverser le fondateur de la ville de Gaya Koka Manzo et la fête annuelle de «Albarkayzé» qui s’organise chaque année dans la commune de Tanda à l’honneur des pécheurs du Dendi.

L’avènement de la pandémie de la Covid 19 n’en est pas pour rien aussi, puisqu’il s’est passé des mois sans manifestation culturelle. Mais de nos jours, l’on ne parle plus de créations proprement dites. Et la baisse de la fréquence des spectacles impacte l’entretien des infrastructures culturelles. C’est le cas de la Maison des jeunes et de la culture (MJC) Adamou Fody de Gaya qui est aujourd’hui dans un état de délabrement. En effet, au niveau du bâtiment abritant les bureaux administratifs et la bibliothèque, la tôle qui reste est trouée de toute part. Après chaque pluie, les salles sont pratiquement inondées. «Du côté nord de la MJC le mur s’est effondré depuis plus de 3 ans. Pour la simple électricité, nous avons des problèmes à payer les factures. Actuellement le courant est coupé», confie le directeur départemental de la culture.

D’après M. Almoustapha Adamou, les recettes de la MJC de Gaya reposent principalement sur son arène de lutte traditionnelle. «C’est l’une des deux activités qui nous apportent de l’argent. La seconde, c’est les soirées culturelles qu’organisent les coopératives scolaires», a-t-il précisé. Le dernier appui à la MJC remonte à 2015 avec Alternative Espace Citoyen et le projet CISP qui, se réjouit le directeur de la culture, ont fourni le matériel de sonorisation complète sur financement de l’Union Européenne en partenariat évidement avec l’Etat du Niger. Tous ces problèmes ont commencé après la rétrocession de la gestion des maisons de la culture aux collectivités territoriales décentralisées (mairies), instituée par décret depuis 1985. «Les sous-préfectures avaient plus de ressources. Les mairies ont elles-mêmes des gros problèmes. Quand nous les sollicitons, chaque fois, ils nous disent que la culture n’est pas une priorité», s’indigne le responsable de la MJC avant de souligner que la responsabilité du Ministère de la Culture en la matière se limite à mettre à la disposition des mairies des directeurs.

Interrogé sur cette problématique, le maire de la commune urbaine de Gaya dit reconnaitre cette responsabilité de l’entretien des infrastructures culturelles, en réservant dans leur budget une rubrique en bonne et due forme. «Il se trouve que des ressources qu’ils génèrent à partir des manifestations culturelles qu’ils accueillent, rien ne parvient aux caisses de la collectivité», a rétorqué M. Mounkaila Boureima. Cependant, le maire qui vient de s’installer à l’issue des récentes élections assure avoir la volonté de prendre à bras le corps la question. «Nous sommes témoin de cet état dans lequel se trouve la MJC. Nous l’avons visitée, nous avons vu. Plaise à Dieu, dans le budget 2022, la préoccupation sera prise en compte», promet le nouveau maire de la commune urbaine de Gaya. Un revers généralisé de la culture nigérienne, selon Almoustapha Adamou.

De manière générale, au Niger, selon Almoustapha Adamou, les manifestions culturelles originales ont connu leur envol au lendemain des indépendances avec les semaines de la jeunesse. Les troupes culturelles qui étaient à la solde du parti unique sont réunies chaque année pour rivaliser en chants, ballets, théâtres, et «langa». Avec l’arrivée du CMS au pouvoir, la semaine de jeunesse devint le festival de la jeunesse. Un vent de liberté artistique souffla, et les troupes sepenchèrent sur les chants d’unité nationale, de patriotisme et les valeurs positives de la nation comme la parenté à plaisanterie. Les ballets exprimèrent nos traditions dans leurs aspects les plus mystiques. Ce fut les temps forts de la «Samaria».

C’est à cette époque qu’est produit l’essentiel du répertoire artistique traditionnel un peu partout dans le pays à l’instar de Gaya. «Pour soutenir la dynamique de la jeunesse organisée en Samaria, le CMS mettait à sa disposition des ressources nécessaires. Les animateurs étaient aussi pris en charge par l’Etat. Les acteurs s’investissaient véritablement, les productions artistiques se basaient sur des laborieuses recherches sur nos traditions et l’histoire», rappelle M. Almoustapha Adamou, directeur départementale de la culture, de l’artisanat et du tourisme.

Le monde culturel nigérien serait à sa troisième ère. Le directeur départemental de la Culture explique que le multipartisme, en vogue à partir de la conférence nationale souveraine de 1991, a fragilisé la Samaria. «Chaque parti politique qui nait attire une partie de cette jeunesse dans son ombre», dit-il, insinuant la politisation des artistes. «L’appui à la création artistique s’est arrêté. Ceux qui étaient habitués à percevoir des fonds pour aller fouiller à la source, dans les villages les plus éloignés, y passer une ou plusieurs semaines auprès des détenteurs et dépositaires de la tradition, n’ont plus ce moyen», déplore Almoustapha. Aujourd’hui l’espoir semble revenir avec la fête tournante du 18 décembre. Mais les moyens mis à la disposition de la culture sont loin d’être à la hauteur. «Le chapitre aide à la création artistique est ramené au niveau des mairies. Et ces municipalités ont une autonomie de gestion. Avant la conférence national, le fonds était géré par les sous-préfectures», rappelle le directeur départemental de la culture.

A Gaya, les conséquences de ce transfert ont été fatales pour le secteur de la culture.

Les animateurs culturels n’ont plus de relève et leur effectif est considérablement réduit. On n’en trouve même pas d’ailleurs dans certains départements, comme à Gaya où le décès de Tellayzé a laissé un vide qui s’éternise. Or, ce sont ces animateurs qui représentaient la cheville ouvrière de la création artistique. «Ceux qui les ont remplacés n’ont reçu aucune formation», regrette le responsable de la MJC de Gaya. M. Almoustapha Adamou estime qu’il faudrait à cet effet, former un animateur au moins pour chacune des régions. C’est eux qui pourront par la suite relayer les b.a.-ba du métier.

 Avec ONEP (Ismaël Chékaré Envoyé Spécial)

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