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Finances islamiques : à bâtons rompus avec le Ministre Mahaman Laouan Gaya Président du Conseil d’Orientation de l’ANEFI Niger.

 L’Ancien Ministre, MAHAMAN LAOUAN GAYA a été cadre de la fonction publique de la République du Niger, travailler dans le secteur privé bancaire et fonctionnaire international à la Banque Africaine de Développement, au PNUD et récemment à la tête de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO). Membre fondateur et premier Président de l’Association Nigérienne pour la Promotion de la Finance Islamique (ANEFI) en 2012, il est depuis Août 2021, son Président du Conseil d’Orientation. Mr Gaya a bien voulu répondre aux questions de IciNiger Webmagazine.  

 

IciNiger : L’ANEFI une association vieille de près d’une décennie, mais encore méconnue du grand public. Pouvez-vous définir les grands axes de ses objectifs et missions ? 

L’Association Nigérienne de Promotion de la Finance Islamique (ANEFI) est une ONG créée le 11 août 2012 et reconnue par le Ministère de l’Intérieur le 6 janvier 2016 (Arrêté n° MISPD/ACR/DGAPJ/DLP). Elle est régie par l’ordonnance 84-06 du 1er mars 1984 portant régime des associations, modifiée par l’Ordonnance n°84-50 du 5 décembre 1984 et la Loi n°91-006 du 20 mai 1991. L’objectif principal de l’ANEFI est de contribuer à la promotion de la finance islamique au Niger à travers des actions visant à promouvoir la création d’institutions financières dont l’objet et le fonctionnement sont conformes aux normes et principes islamiques, à rechercher des débouchés qui favorisent l’implantation de la finance islamique au Niger, à former et à renforcer les capacités des acteurs désireux d’exercer les métiers de la finance islamique en général et des banques, établissements financiers et compagnies d’assurances en particulier conformément aux normes et principes islamiques et enfin à contribuer aux actions susceptibles de promouvoir la finance islamique au Niger.  En un mot, la vision de l’ANEFI, c’est de contribuer à créer au Niger un système financier et économique stable et prospère intégrant les attentes de l’ensemble des parties prenantes (Gouvernement, populations, institutions nationales et étrangères, banques et institutions financières, entreprises locales etc…), donc inclusif et éthique. Depuis sa création, les activités de l’ANEFI se résument entre autres à la promotion d’un cadre légale et règlementaire approprié, à la formation et à la sensibilisation des acteurs en partenariat avec des spécialistes du domaine pour mieux éclairer la population. Le 28 Août 2021, nous avons tenu une Assemblée Générale Extraordinaire qui avait pour objet non seulement le renouvellement des instances de l’Association, mais aussi la doter d’un Conseil d’Orientation qui est un organe statutaire qui conseille le Bureau Exécutif National (BEN) sur les orientations générales, le plan d’actions, et toutes autres activités de l’ANEFI. C’est d’ailleurs à ma modeste personne qu’est confiée la charge de présider ce Conseil d’Orientation.

 

Contribuer à la promotion de la finance islamique au Niger

IciNiger : A travers des conventions de partenariat comme celle avec la Haute Autorité du Waqf, comment l’ANEFI compte contribuer à l’amélioration du niveau de vie de la population nigérienne surtout les femmes et les jeunes ?

Il faut préciser que l’ANEFI n’a pas pour vocation de contribuer directement à l’amélioration du niveau de vie de la population nigérienne ; fonction dévolue à l’autorité publique. Mais par contre et comme le stipule son objectif, l’ANEFI contribue à la promotion de la finance islamique au Niger à travers diverses actions qui répondraient aux attentes de l’ensemble des parties prenantes de notre pays, à savoir le gouvernement, les populations, les banques et institutions financières, entreprises locales, etc. Pour ce faire, l’ANEFI entretient un certain nombre de relations de partenariats avec divers acteurs intervenant dans la finance islamique ; et c’est dans ce cadre justement qu’un mémorandum d’entente a été signé entre l’ANEFI et la Haute Autorité du Waqf du Niger le 26 Juin 2021. Par contre, et c’est très important de le rappeler, la Haute Autorité du Waqf a entre autres pour objectifs la promotion de la finance islamique, sociale, solidaire et participative au service du développement au Niger. Notre souhait est donc de créer avec la Haute Autorité du Waqf au Niger, un partenariat qui contribuera à l’effectivité de sa mission. Autant pour l’ANEFI que pour la Haute Autorité du Waqf au Niger, le but ultime est la lutte contre la pauvreté et la promotion d’un développement durable et inclusif dans notre pays sur les principes de la foi islamique. Il faut reconnaitre que depuis quelques années, et avec notre modeste contribution, l’on observe un certain regain d’intérêt pour la finance islamique chez les autorités publiques, les institutions financières et la population en général. Ainsi, l’on note avec satisfaction, des avancées au niveau réglementaire, notamment à travers les instructions de la BCEAO en 2018 concernant les banques et les SFD, le règlement n°003 de la CIMA en 2019 et l’Etat du Niger à travers plusieurs textes de loi dont celle relative au Waqf en 2019 qui a abouti à la création de la Haute Autorité du Waqf en 2020. Il y’a lieu de souligner également, la mise en œuvre de la Stratégie Nationale pour la Finance Inclusive et les initiatives privées en termes de renforcement de capacité, de communication qui intègrent la finance islamique dans leur dispositif. En fin, il faut noter le lancement d’un Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées en finance islamique en 2019 avec plus de 150 personnes formées à l’heure actuelle, en majorité des professionnels. Nous avons assisté à des soutenances de thèses et mémoires d’étudiants en économie et finance islamiques qui ont analysé et fait des recommandations assez pertinentes pour le développement de divers secteurs socio-économiques du Niger sur la base de financements islamiques. L’ANEFI se doit de compiler, traiter toutes ces recommandations et les soumettre aux autorités pour appréciation et éventuelle prise en compte. Avec des avancées notoires dans cette dynamique, j’ai la ferme conviction (Inch’Allah) que va se créer, dans notre pays, un cadre sur fonds de finance inclusive islamique qui tendrait à l’amélioration du niveau de vie de la population nigérienne en général, les femmes et les jeunes en particulier.

La charia : fondement de l’économie et de la finance islamiques 

IciNiger : En tant que Président fondateur de l’Association, banquier de votre Etat et spécialiste des questions pétrolières, quel regard portez-vous sur l’avenir de la solidarité islamique à travers les crises financières qui sévissent un peu partout dans le monde ?

Les crises multidimensionnelles (crise financière, crise économique, crise pétrolière, crise éthique,….) que le monde vit depuis quelques années ont conduit, même les gouvernements les plus libéraux à s’interroger sur l’éthique en économie et en finance dites ‘’conventionnelles‘’. La crise des ‘’subprimes‘’ de 2008 aux Etats-Unis a été un des cas les plus illustratifs. Toutes ces crises sont dues à divers facteurs comprenant le rythme accéléré de l’ingénierie financière à l’origine d’instruments financiers complexes, toxiques et incompréhensibles pour la majorité des acteurs, une asymétrie d’information due au manque de transparence des prix de marché des actifs (devises, taux de change, indices, pétrole et autres matières premières et commodités), un système de régulation et de surveillance manipulé, des modèles de gestion des risques et de comptabilité défaillants ; le tout entretenu par un capitalisme financier international sur base spéculative et irréelle. Cette situation a encouragé et entretenu la concentration du pouvoir économique et l’accumulation des richesses entre les mains d’une minorité, la primauté des intérêts individuels sur l’intérêt général, l’obtention de rendements à court terme au détriment de toute autre considération ; toute chose qui mène inexorablement vers la misère et l’affaiblissement des valeurs éthiques. Ceci a aussi fait que notre environnement socio-économique est aujourd’hui très ‘’pollué‘’ ; devenu donc malsain du fait de la cupidité, l’excès, l’inconscience, l’insouciance, l’absence totale de solidarité, etc… A contrario, dans une économie islamique (partielle ou intégrale), l’activité économique ne trouve sa raison d’être que dans sa finalité humaine dans le cadre d’impératifs éthiques. En effet, les fondements de l’économie et de la finance islamiques sont directement puisés dans la Charia et l’argent, les biens matériels, les richesses sont considérés comme les bases de la vie ici-bas. Malheureusement, dans nos pays, l’économie et de la finance islamiques qui produisent déjà de nombreux instruments financiers de solidarité sont un territoire encore méconnu et inexploité. Très peu de ces instruments sont connus (le waqf, la zakat ou encore le sukuk) et pourtant beaucoup peuvent être exploités dans notre environnement bancaire et financier.  Plusieurs institutions financières islamiques réfléchissent déjà sur la façon dont ces instruments financiers islamiques pourraient participer au financement humanitaire dans les pays musulmans qui traversent aujourd’hui de graves crises humanitaires et autres conflits créés pour l’essentiel par les puissances occidentales (Libye, Sahel, bassin du Lac Tchad, Somalie,…). Ici au Niger, la Haute Autorité du Waqf et le Secrétariat National à l’Inclusion Financière sont, ces derniers temps, particulièrement très actifs, dans la sensibilisation de divers acteurs nationaux (banquiers, assureurs, notaires, opérateurs économiques du secteur privé, etc…) à ces instruments de la finance et de la solidarité islamiques. Ailleurs, la banque islamique malaisienne Maybank Islamic plancherait même sur l’émission d’un ‘’sukuk humanitaire‘’.

Propos recueillis par IciNiger

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